• Enfants négligés - Abandonnés à leur sort

    Enfants négligés
    Abandonnés à leur sort
     
    Rémi Nadeau
    Agence QMI
    01/04/2011 06h01 
    Le journal de montréal
     
    Les modifications apportées à la Loi sur la protection de la jeunesse, en 2007, n’ont pas donné les résultats souhaités quant à la continuité des services pour les enfants victimes de négligence.
     
    Malgré une importante révision de la Loi sur la protection de la jeunesse, des enfants victimes de négligence sont abandonnés à leur sort en raison de «vides de services ».

    C'est le triste et inquiétant constat qui s'impose à la lecture d'un rapport rédigé par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui vient d'être remis au gouvernement du Québec.
     
    Dans son rapport sur la mise en oeuvre de la loi, trois ans après son adoption, la Commission met en lumière de graves lacunes, tant dans l'accès aux services que dans la coordination des intervenants.
     
    Après un signalement, lorsque le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) juge qu'un milieu familial présente une situation de négligence, mais que la sécurité n'est pas compromise, il réfère le dossier au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de sa région, qui peut uniquement compter sur la bonne volonté des parents visés.

    Malheureusement, 75 % d'entre eux refusent de collaborer.

    Confusion

    Le rapport fait état des frustrations vécues à cet égard tant dans les centres jeunesse que dans les CSSS, qui se rejettent la responsabilité de ces enfants vulnérables.
     
    Les centres de santé questionnent les évaluations «de sécurité non compromise» des DPJ qui, pour leur part, reprochent aux intervenants du réseau de baisser les bras trop vite devant des parents peu ou pas mobilisés.

    Les CSSS soutiennent que leur clientèle présente des problématiques de plus en plus lourdes et considèrent que certaines familles qui leur sont référées devraient plutôt être prises en charge par le DPJ.

    Dans son rapport, la commission souligne même que des intervenants de CLSC ont déclaré «qu'il vaut mieux attendre que ça saigne avant de signaler», pour s'assurer que les enfants soient véritablement pris en charge.

    «Même dans des cas suggérant la présence d'un risque élevé de tort sérieux à un nourrisson, ces personnes rapportent avoir été dans l'obligation de mettre fin à toute intervention du CLSC dans le seul but de contraindre le DPJ à recevoir et à retenir un signalement pour évaluation», peut-on lire dans le document.
     
    Délais déraisonnables
     
    Quant aux 25 % des parents qui acceptent de l'aide, ils se butent souvent à des délais déraisonnables qui les découragent.
     
    Résultat, lorsque les familles sont contactées par un CLSC après avoir été placées sur une liste d'attente, seulement 10 % d'entre elles consentent toujours à collaborer.
     
    Le rapport relève même que des parents ont dû patienter sept mois avant d'obtenir leur première rencontre avec une intervenante (voir plus bas).
     
    Conséquence de ces délais, la situation de certains enfants se détériore et ils font l'objet d'un nouveau signalement.

    En entrevue au Journal, la vice-présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Sylvie Godin, a plaidé pour que les Agences régionales de la santé jouent un meilleur rôle de coordination pour éviter ces situations aberrantes.

    «Est-ce qu'il y a moyen qu'elles agissent ? Il y a urgence de s'organiser, sinon on se retrouve dans un cercle vicieux», a-t-elle dit.
     
    Voici un exemple des difficultés d'accès aux services pour des parents ayant consenti à recevoir de l'aide, après avoir fait l'objet d'un signalement et avoir été référés par un DPJ.
     
    * Le 12 mars 2010 : le DPJ envoie le formulaire de demande de suivi pour les parents au Centre de santé et des services sociaux.

    * Le 31 mars et le 6 avril : appels au CSSS pour vérifier où en est le traitement de la demande.

    * Le 26 avril : appel du CSSS pour fixer une rencontre. On demande de faxer à nouveau le formulaire parce qu'il a été égaré.

    * Le 28 avril : le DPJ accompagne la mère à la rencontre d'accueil au CSSS. La préposée à l'accueil souhaite toutefois rencontrer le père pour remplir la demande.

    * Le 3 juin : le DPJ appelle la préposée à l'accueil qui l'informe avoir changé de service, mais qu'elle remplira la demande et qu'elle contactera le père.

    * Le 17 juin : le père informe le DPJ qu'il n'a toujours pas reçu d'appel du CSSS.

    * Le 25 juin : les parents informent le DPJ que leur demande est acceptée, mais placée sur une liste d'attente.

    * Le 16 octobre : première rencontre entre les parents et l'intervenante du CSSS.

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