• Les enfants médicamentés

    Les enfants médicamentés

     

    (Québec, le 22 novembre 2004) - Dans le contexte où les enfants sont de plus en plus médicamentés et où la santé mentale fait partie des priorités gouvernementales, le chercheur Denis Lafortune dévoile les résultats d’une étude faite auprès de 1 500 enfants hébergés en centre jeunesse répartis à travers cinq régions différentes : Montréal, Montérégie, Laval, Chaudière-Appalaches et Lac Saint-Jean.

     

    Denis Lafortune du Centre international de criminologie comparée de l’Université de Montréal, qui travaille avec Johanne Collin du Groupe de Recherche sur les Aspects Sociaux de la Santé et de la Prévention (GRASP), met en perspective l’augmentation de la médication chez les mineurs, particulièrement chez ceux qui sont placés en institution. Après 30 ans de prescription des médicaments psychotropes chez les enfants, il s’est questionné sur les conséquences de cette pratique auprès de ces enfants. Il interroge aussi la multiprescription, soit le recours à plusieurs types de molécules, la majorité des enfants prenant entre 2 et 5 médicaments. De plus, il identifie les facteurs sociofamiliaux associés aux prescriptions.

     

    Les faits saillants de l’étude

     En Amérique du Nord
    La prescription de médicaments psychotropes aux enfants et adolescents est en progression constante et ce, dans les cliniques pédiatriques, les écoles et surtout en milieu institutionnel.

    Le phénomène atteint une telle ampleur que, selon Zito, Safer, DosReis, Gardner, Magder, Soeken et al. (2003), les taux d'utilisation de ces molécules auprès des mineurs ont pratiquement rejoint ceux évalués auprès des adultes.

    Entre 1987 et 1996, le nombre de prescriptions aux jeunes de moins de 20 ans s'est accru:

    • de 4 à 10 fois pour les antidépresseurs (tels que le Paxil ® ou le Wellbutrin ®),
    • de 36 à 153 fois pour la clonidine (un agoniste a2)
    • et de 3-7 fois pour les psychostimulants (tels que le Ritalin ® ou la Dexedrine ®).

    Dans tous les milieux, les premiers motifs de psychopharmacothérapie sont un diagnostic de comportement perturbateur, soit le trouble du déficit de l'attention avec/sans hyperactivité (ex: lunatisme, inattention persistante, agitation, impulsivité) du trouble oppositionnel (ex: conflits persistants avec l'autorité, provocations, attitude défiante), du trouble des conduites (ex: la délinquance proprement dite, les agressions sexuelles, le vol, l'utilisation d'arme) et la présence d'un risque suicidaire.

    Comparativement à ce qu'on observe chez les adultes et les personnes âgées où ce sont surtout des femmes qui prennent des médicaments psychotropes, les jeunes médicamentés comptent plus de garçons, ils représentent 70% de la clientèle médicamentée. Cette spécificité s'explique probablement par l'importance des troubles du comportement comme motif de prescription.

     

    Au Québec
    Au Québec, jusqu'au début des années 2000, aucune de ces questions soit la prévalence des psychopharmacothérapies, son évolution au fil des ans et la prévalence de médications concomitantes, n'avait encore été abordée de façon systématique dans les milieux d'hébergement thérapeutique et de réadaptation.

    Le contexte ici étudié est singulier et se caractérise par :

    • un cadre institutionnel,
    • une intervention en contexte d’autorité, d’application d’une loi,
    • une population de jeunes souvent moins investis par leur milieu familial,
    • présentant souvent des antécédents de traumatisme,
    • et d’importants troubles du comportement.

     

    Selon les régions, de 20% à 36% des jeunes faisant partie de l’étude et qui étant hébergés en Centre de réadaptation recevaient une médication psychotrope.

    En outre, 44% des enfants ayant une prescription de psychotropes reçoivent une concoction impliquant de 2 à 4 types de molécule (i.e. environ 10% de l’échantillon total des jeunes).

    Le médecin prescripteur, dans 85% des cas où il est possible de recueillir l’information, n’est jamais présent dans l’établissement. En effet, en règle générale, le prescripteur est un consultant externe et occasionnel plutôt qu'un véritable collègue. Les demandes qui lui sont adressées sont donc modulées par diverses pressions et situations difficiles.

    Dans les centres jeunesse, le sexe n’influe pas de manière significative sur la décision de recourir à la médication, toutefois l'âge est un facteur associé à cette décision. En effet, les jeunes hébergés et médicamentés (13,5 ans) s'avèrent être significativement plus jeunes que ceux qui ne le sont pas (14,9 ans; p = 0,01). Ainsi, la prévalence dans les unités pour 6-11 ans est de 43%. Les enfants les plus jeunes sont aussi plus lourdement médicamentés, compte tenu de leur taille et de leur poids.

    Le cadre législatif ( Loi sur la protection de la jeunesse ou sur la Loi sur le système de justice pénal pour les adolescents) qui régit le placement du jeune n’est pas significativement lié à la médication prise par ce dernier.

    Plus les enfants ont connu un placement précoce, plus nombreux ils sont à prendre des psychotropes.

    La vocation de l’unité de placement diffère significativement entre les groupes médicamentés et non médicamentés. En effet, on retrouve plus de jeunes médicamentés dans les unités d’encadrement intensif pour les jeunes de 12-18 ans (48%) et dans les foyers de groupe pour jeunes de 6-11 ans (43%). Par ailleurs, une étude de Gomier (2003) montre que dans les foyers spécialisés pour enfants manifestant une lenteur intellectuelle ou un retard mental et des troubles du langage, les taux approchent les 70%.

    Les jeunes médicamentés présentent plus souvent des symptômes affectifs tels l’anxiété, la tristesse, des idées suicidaires et des troubles d'impulsivité ainsi qu’une agressivité explosive.

    En somme, dans les centres jeunesse le médicament psychotrope paraît être prescrit aussi bien pour atténuer les symptômes intériorisés (anxiété, tristesse, troubles de la concentration), les symptômes extériorisés (impulsivité, hostilité), que pour gérer les situations à risque (escalades d'opposition/ provocation ou idées suicidaires). Ce sont les enfants les plus jeunes, placés en bas âge, qui sont les plus médicamentés et polymédicamentés.

    Denis Lafortune a dévoilé ses résultats dans le cadre du congrès Être avec les enfants qui en est à sa deuxième édition d’un congrès conjoint organisé par l’Association des centres jeunesse du Québec, l’Association des CLSC-CHSLD du Québec, la Fédération des commissions scolaires du Québec et l’Association québécoise du CPE. 1000 participants de ces quatre réseaux et d’autres milieux qui travaillent auprès des enfants sont regroupés au Centre des congrès de Québec du 21 au 23 novembre 2004.

    -30-

    Source : 

    Association des centres jeunesse du Québec
    Association des CLSC-CHSLD
    Association québécoise des CPE
    Fédération des commissions scolaires du Québec

    Renseignements :

    Judith Laurier
    Association des centres jeunesse du Québec
    (514) 842-5181 ou cellulaire (514) 237-5181


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